Les impacts opérationnels des nouvelles réglementations.
Le cadre réglementaire appliqué à la gestion de fortune n’a jamais été aussi dense. Que ce soit en Europe (notamment au Luxembourg), mais aussi en Suisse ou à Monaco. Les textes diffèrent selon les autorités mais les constats convergent : les obligations de conformité se renforcent, la pression retombe sur les équipes et la question est identique partout : comment adapter les processus et les logiciels/ PMS à cette nouvelle réalité ?
OBA, LAB, AMLA, DORA, MiFID II… et bien d’autres encore. Derrière les acronymes, une pression opérationnelle réelle sur les Banques Privées, Family Offices et Asset Managers.
Décryptage des impacts concrets et des réponses attendues par le marché.
Un mouvement réglementaire global.
• L’UE légifère beaucoup et ses textes récents donnent le tempo sur des sujets clés : lutte anti-blanchiment, résilience numérique, protection des investisseurs. Mais il serait réducteur de circonscrire le mouvement à l’Europe.
• La Suisse, place historique de la gestion de fortune, dispose de son propre cadre exigeant porté par la FINMA et la LBA avec des obligations de due diligence qui n’ont rien à envier aux standards européens.
• Le Luxembourg, via la CSSF, applique des règles spécifiques aux acteurs de l’asset management.
• Monaco, sous l’autorité de l’AMSF, a renforcé ses dispositifs de conformité.
Chaque juridiction possède ses propres régulateurs, mais les enjeux opérationnels se ressemblent : renforcement du KYC, supervision accrue des flux, auditabilité des processus. Les établissements européens présents en Suisse ou à Monaco appliquent fréquemment les standards de leur maison mère, créant un effet d’alignement supplémentaire. Quel que soit le cadre juridique, la nécessité de remodéliser les processus de gouvernance est partagée.
Trois textes européens récents illustrent cette dynamique.
Le paquet AML / AMLA : la supervision centralisée
Le paquet anti-blanchiment adopté en mai 2024 crée l’AMLA, autorité européenne installée à Francfort, opérationnelle depuis juillet 2025. D’ici 2028, elle exercera une supervision directe sur une quarantaine d’établissements à haut risque. Les obligations de Customer Due Diligence sont harmonisées, les sanctions renforcées et la qualité des données de risque devient un critère d’audit central.
DORA : la résilience numérique comme obligation
Applicable depuis janvier 2025, DORA impose un cadre strict de gestion des risques ICT à toutes les entités financières et leurs prestataires technologiques. Cartographie des fournisseurs, tests de résilience, reporting des incidents : pour les acteurs du wealth management, structurés en modèles légers, c’est un chantier de gouvernance majeur.
MiFID II / MiFIR Review : la transparence renforcée
La révision de MiFID II/MiFIR, transposée depuis septembre 2025, renforce la protection des investisseurs. L’ESMA a actualisé ses lignes directrices sur la suitability, intégrant les facteurs de durabilité. Pour les gestionnaires de fortune : reporting plus granulaire, traçabilité accrue des décisions de conseil, documentation renforcée du profil client.
Trois constats terrain
L’onboarding : un processus tentaculaire
L’entrée en relation avec un client HNWI est devenue un processus fastidieux et coûteux de plusieurs mois, nécessitant la compilation de plusieurs dizaines de documents. Les mêmes informations sont demandées plusieurs fois, par des équipes différentes, sur des systèmes non connectés. Selon Fenergo (2025), 70 % des institutions financières ont perdu des clients à cause d’un onboarding inefficace.
Le coût annuel de maintien d’une relation client en private banking peut largement dépasser la dizaine de milliers d’euros. La charge administrative s’accroit et les équipes Front Office se retrouvent transformées en middle office par la nécessité de saisie, d’indexation de documents, de rédaction de KYC de plus en plus détaillé, pouvant aller parfois jusqu’au paramétrage de fonctionnement de compte tel que la tarification, ou encore la mise en place de procurations, ce qui éloigne les équipes de banquiers de leur mission première et de ses clients.
KYC, KYT, screening : une gestion de données sous tension
Les obligations KYC et KYT exigent une vigilance continue sur l’évolution de l’environnement global du client, sur son exposition aux risques d’activités, sur son niveau de risque pays qui doit être réévalué de manière interactive, les flux transactionnels etc… Les systèmes d’alertes automatisés, lorsqu’ils existent, peuvent parfois être mal calibrés, ce qui génère des faux hits positifs, les équipes de Compliance monitoring se trouvent avec les listes qui deviennent ingérables et les équipes Front Office se retrouvant avec des hits à justifier, alors que ces derniers ne sont pas pertinents.
La granularité des hits est un dilemme permanent : trop large, le screening noie les équipes ; trop restrictif, il laisse passer des risques.
La multiplicité des sources externes multiplie les points d’intégration et les incohérences.
La revue périodique : une charge de conformité permanente
Chaque profil de risque déclenche un cycle de revue obligatoire. Les meilleurs systèmes alertent plusieurs mois à l’avance les échéances. En réalité, la consolidation est rarement fluide : données dispersées, mises à jour manuelles, Quid de la gestion des changements de niveau de risque, absence de transversalité entre systèmes. Une charge humaine disproportionnée pour une activité qui devrait être automatisée de manière optimale.
Ce que le marché du Wealth Management attend d’un module de gestion Compliance ou d’un PMS
Des besoins convergents mais une offre encore fragmentée
Face à cette densification réglementaire, les attentes sont claires : centralisation des données client, automatisation des workflows compliance, traçabilité des sources, piste d’audit native et interconnexion avec l’écosystème réglementaire, efficience des algorithmes, intégration de l’IA pour automatiser des taches répétitives.
Mais la réalité est tout autre.
Beaucoup d’établissements fonctionnent avec un empilement d’outils non intégrés : un CRM d’un côté, un outil de screening de l’autre, une base documentaire sur un tiers. Ces solutions communiquent peu et excluent une transversalité dans les informations. D’autres peuvent encore utiliser des fichiers Excell.
L’alternative ? Tout intégrer dans un core system monolithique qui se heurte aux réalités de nécessité d’adaptations, de développements, de coût et de délai.
Il y a un constat sur le marché qui démontre que les grands programmes de transformation absorbent des budgets considérables sur plusieurs années, sans garantie de réelles d’efficacités opérationnelles et souvent sont à contre temps des évolutions réglementaires à intégrer.
Vers un module agile, indépendant et interconnecté de gestion Compliance
Ce que les équipes terrain attendent, c’est un socle de données fiable dès l’année zéro, des indicateurs clés pour l’aide à la décision et une architecture ouverte qui s’interconnecte via des API avec les outils spécialisés.
Aussi on constate que la digitalisation des process Compliance, relative à la gestion des risques va beaucoup moins vite que les publications réglementaires, obligeant ainsi les institutions financières et les gérants de fortune à trouver des solutions opérationnelles souvent manuelles.
C’est cette dynamique que KeeSystem a choisi d’engager.
Nourrie par les retours de ses Clients, Banques Privées, Gérants Indépendants, Family Offices, nous avons amorcé une refonte de nos modules de compliance, notamment le formulaire KYC.
Ces entretiens menés depuis plusieurs semaines par les équipes produits ont permis de cartographier, cas d’usage par cas d’usage, les frictions réelles : où les équipes perdent du temps, où les données se perdent entre les systèmes, où les contrôles se dupliquent inutilement.
Ce travail de terrain a confirmé des pain points persistants : l’absence de consolidation des pièces justificatives dans un socle unique, la difficulté à produire des indicateurs fiables pour l’aide à la décision, le manque de fluidité entre le front office et la compliance.
L’ambition est d’orchestrer les outils spécialisés en constituant un front-end agile capable de structurer et fluidifier les processus compliance à partir de l’écosystème existant.
Notre conviction ? Les établissements les plus performants sont ceux qui ont réussi à automatiser ces processus réglementaires qui ont un impact coûteux sur les organisations. Pas en empilant des solutions, mais en construisant un socle opérationnel qui libère du temps là où il y a une plus forte valeur ajoutée et qui impact positivement la gestion de la relation client tout en supervisant les risques.
