Search toggle
Choose your language.
Rechercher
SPHERE. Rue François-Versonnex 7, 1207 Geneva, Switzerland
+41225661732

« Le scénario structurel autour de l’IA reste intact, mais le marché avait besoin de souffler. »

Interview
Andreas Schranz
Chief Investment Officer
Tramondo Investment Partners
Par Jérôme Sicard, rédacteur en chef, SPHERE

Après un premier semestre marqué par les soubresauts de l’or, la correction des valeurs technologiques et les incertitudes sur les taux, Andreas Schranz reste convaincu par le potentiel des actions américaines et la poursuite du cycle d’investissement dans l’IA. Il privilégie en revanche la prudence sur les obligations et attend encore des signes tangibles avant de revoir son positionnement sur l’Europe.

andreas_1250x630

Compte tenu des achats massifs des banques centrales au deuxième trimestre, proches des 300 tonnes, anticipez-vous un rebond de l’or, en fort recul depuis janvier ?

Cela dépend de l’horizon de temps. D’un point de vue structurel, nous restons positifs sur l’or, mais nous sommes plus prudents sur le court terme. La demande des banques centrales reste un soutien très important à long terme. Il ne s’agit pas simplement d’achats opportunistes, mais d’une diversification structurelle des réserves et d’une volonté de réduire la dépendance aux actifs de réserve traditionnels.

Cela étant, après la correction du premier semestre, le marché de l’or se cherche encore un nouvel équilibre. Le positionnement des investisseurs et les facteurs techniques pourraient maintenir une forte volatilité à court terme. Nous ne nous attendons pas nécessairement à une reprise immédiate en V. À plus long terme, en revanche, les arguments en faveur de l’or comme instrument de diversification d’un portefeuille restent pleinement valables.

Le secteur des semi-conducteurs a fortement corrigé en juillet. Intel a perdu 38%, Lam Research 33,1%, alors que Nvidia est la seule valeur à avoir résisté. Comment expliquez-vous ce recul dans le secteur des semi-conducteurs ?

J’interpréterais cette correction avant tout comme une réaction de type « sell the news », plutôt que comme une remise en cause du scénario global d’investissement dans l’IA. La baisse a commencé quelques jours seulement après que Micron, l’une des valeurs emblématiques du dernier rallye IA, a publié des résultats exceptionnels fin juin. D’une certaine manière, ces résultats ont confirmé ce que le marché avait déjà anticipé et intégré dans les cours.

Nous avons déjà observé des configurations similaires, notamment après la publication de résultats exceptionnellement solides par Nvidia. Lorsque les attentes et le positionnement des investisseurs sont déjà très hauts, il se peut que d’excellents résultats déclenchent des prises de bénéfices. Par ailleurs, les valorisations avaient atteint des niveaux élevés dans certaines branches du secteur. Les investisseurs ont aussi commencé à distinguer les entreprises directement exposées aux segments les plus porteurs de l’IA de celles confrontées à des difficultés plus spécifiques ou à des facteurs cycliques.

Nous ne considérons pas cette correction comme le signe d’un affaiblissement du cycle d’investissement dans les infrastructures liées à l’IA. Les derniers résultats des hyperscalers le confirment clairement. Le scénario structurel autour de l’IA reste intact, mais après une très forte progression, le marché avait besoin de souffler. Nous devrions désormais assister à une différenciation accrue entre les gagnants et les perdants.

Kevin Warsh a laissé les taux inchangés en juillet sans donner d’indication claire sur les intentions de la Fed. Dans quelle mesure ce manque de visibilité influence-t-il votre positionnement sur le marché obligataire ?

Globalement, cela renforce notre position neutre sur les obligations, que nous maintenons depuis déjà quelques mois. Aux États-Unis, la Réserve fédérale fait face à une combinaison inhabituelle de facteurs. La croissance économique reste relativement résiliente, tandis que l’inflation s’est récemment modérée. Mais les risques géopolitiques, et ceux qui sont liés à l’énergie, rendent les perspectives d’inflation incertaines. Il est donc difficile pour la Fed de fournir des indications précises sur sa trajectoire future, et la décision de juillet de maintenir les taux inchangés s’inscrit dans une approche fondée sur les données.

Pour notre positionnement obligataire, cela signifie qu’il n’y a actuellement pas de raison forte de prendre des positions directionnelles importantes sur la duration. Nous sommes plus à l’aise sur la partie courte de la courbe des taux, où le couple risque-rendement nous paraît plus équilibré que sur le long terme. Nous anticipons une évolution globalement stable, voire légèrement baissière, des rendements américains au fil du temps, même si la volatilité devrait rester élevée à court terme. Dans une approche multi-actifs, nous continuons de privilégier le couple risque-rendement des marchés actions mondiaux, en particulier aux États-Unis, à celui des obligations d’entreprises investment grade ou des emprunts d’État.

Vous êtes sous-pondéré sur l’Europe, que vous qualifiez de « show me story ». Qu’aimeriez-vous que les marchés actions européens vous montrent pour revoir votre positionnement ?

L’Europe présente un scénario macroéconomique convaincant, mais nous devons désormais voir ce scénario se traduire par une croissance des bénéfices. Certains éléments commencent toutefois à justifier un peu plus d’optimisme. Les dépenses budgétaires augmentent, notamment dans les infrastructures et la défense, tandis que l’activité économique montre des signes - encore timides - de stabilisation. Mais, au bout du compte, les marchés actions ont besoin d’une croissance des bénéfices. Comparée aux États-Unis, l’Europe souffre toujours d’une croissance structurelle plus faible, d’une productivité moindre et d’une exposition nettement plus limitée au cycle d’investissement dans l’IA.

Pour devenir plus constructifs sur la région, nous voudrions voir une amélioration durable des révisions de bénéfices, une hausse des investissements des entreprises et des signes montrant que les mesures de relance budgétaire se traduisent par une accélération de la croissance du secteur privé. L’Europe est intéressante, mais pour l’instant, les États-Unis offrent toujours une combinaison plus favorable entre croissance, dynamique des bénéfices et opportunités d’investissement structurelles, notamment autour de l’IA.

Que pensez-vous du regain d’intérêt pour les valeurs industrielles, l’énergie, les financières ainsi que les petites et moyennes capitalisations, qui semblent désormais en mesure de contribuer à la hausse des actions américaines ?

C’est l’un des développements les plus encourageants sur le marché américain et l’une des principales raisons pour lesquelles nous restons surpondérés sur les actions mondiales, plus particulièrement sur les actions américaines. Pendant longtemps, la principale critique était que le rallye reposait presque entièrement sur quelques géants de la tech. La situation change. Les industrielles, l’énergie, les financières et les Small&Mid caps participent désormais elles aussi à la hausse.

Cette évolution reflète en partie la résilience de l’économie américaine, mais aussi l’émergence d’un cycle d’investissement plus large autour de l’IA. Les data centers nécessitent d’importantes capacités de production électrique, des équipements électriques, des systèmes de refroidissement, de la construction et des infrastructures physiques. Cela concerne donc non seulement les entreprises technologiques, mais aussi l’ensemble de l’économie réelle. L’IA n’est plus seulement une histoire technologique, elle devient aussi une histoire d’expansion du capital qui se diffuse dans l’économie réelle. L’élargissement de la participation au marché rend le marché haussier américain plus sain.

En pleine rentrée, entre Jackson Hole, la trajectoire des taux de la Fed et les tensions autour du détroit d’Ormuz, où se portera plus principalement votre attention?

Trois facteurs nous paraissent essentiels : l’inflation, les révisions de bénéfices et la géopolitique. Sur le front de l’inflation, nous devons voir si l’amélioration récente aux États-Unis est durable. Cela conditionnera la marge de manœuvre de la Fed, notamment à l’approche de sa prochaine réunion en septembre. Sur les bénéfices, je regarderai surtout si l’exceptionnel cycle d’investissement dans l’IA continue de se diffuser dans l’économie réelle et de soutenir une croissance plus large des résultats des entreprises. Au cas où cette dynamique se confirme, elle confortera notre vue positive sur les actions.

La géopolitique reste bien évidemment un facteur de risque majeur. Le détroit d’Ormuz constitue à ce titre un risque extrême que nous suivons de près, l’énergie étant le principal canal de transmission. Une nouvelle escalade des tensions, accompagnée d’une forte hausse des prix de l’énergie, pourrait raviver les anticipations d’inflation et pousser les banques centrales à durcir à nouveau leur politique monétaire. Notre scénario central reste toutefois favorable, avec une croissance américaine résiliente, des bénéfices d’entreprises solides et l’absence de choc majeur sur les taux. Nous anticipons ainsi un statu quo de la Fed en septembre.

Biographie

Andreas Schranz
Tramondo Investment Partners

Andreas Schranz est Chief Investment Officer et président du comité d’investissement de Tramondo Investment Partners. Il est responsable de l’allocation stratégique et tactique des actifs ainsi que des solutions d’investissement multi-asset. Il est également membre du comité de direction. Avant de rejoindre Tramondo, Andreas Schranz était senior investment advisor chez EFG International. Il a auparavant passé quatre ans chez Credit Suisse Asset Management en tant que portfolio manager et il a commencé sa carrière chez UBS Investment Bank, expérience dans le trading actions. Titulaire d’un Master of Arts en finance de l’Université de Zurich, Andreas Schranz détient également la certification CFA.

Partager