À l’heure de la digitalisation et de l’IA, les banques privées ont-elles encore un rôle à jouer ? Chez Reichmuth & Co Privatbankiers, les plus jeunes banquiers privés de Suisse revendiquent un modèle fondé sur l’indépendance, la responsabilité et une vision patrimoniale de long terme. Dans cet interview, Christof Reichmuth explique par conséquent ce qui distingue encore une banque privée indépendante dans un environnement en pleine mutation.
Les clients d’aujourd’hui, qui utilisent eux-mêmes des outils digitaux et l’IA, ont-ils encore besoin de vous ?
Même si les clients peuvent aujourd’hui effectuer beaucoup de recherches par eux-mêmes, ils ont toujours besoin d’une banque capable de transformer l’information en décisions patrimoniales cohérentes et responsables. Les outils digitaux fournissent des données, mais elles ne procurent ni vision, ni responsabilité, ni capacité d’interprétation à travers les cycles de marché. Pour les patrimoines complexes, le conseil humain et la responsabilité personnelle restent essentiels.
En quoi êtes-vous meilleurs que les autres ? Que ne peuvent-ils pas copier ?
Nous proposons une gestion patrimoniale intégrée. Nous avons été pionniers dans les services de prévoyance ainsi que dans les investissements directs en infrastructures. Et surtout, nous investissons nous-mêmes dans tout ce que nous recommandons. Le cœur de notre modèle repose sur l’association d’une vision de long terme, d’une responsabilité personnelle et d’une véritable indépendance. Cela se copie difficilement, car il ne s’agit pas seulement de processus, mais aussi de culture, d’état d’esprit et de structure actionnariale. Nous sommes particulièrement pertinents là où la confiance, la continuité et un haut degré de personnalisation sont déterminants.
Pourquoi votre banque sera-t-elle encore indépendante dans cinq ans ?
Nous sommes une entreprise familiale détenue par ses associés et l’ensemble de notre organisation est pensé dans une logique de long terme, avec un actionnariat stable. Nous disposons de bases solides et des mécanismes nécessaires pour préserver cette indépendance.
Quelle a été la principale évolution que vous avez constatée chez votre clientèle au cours des cinq dernières années ?
Le regard des clients s’est progressivement détourné des effets de court terme liés aux crises, que ce soit le Covid, la guerre en Ukraine ou plus récemment les tensions autour de l’Iran, et se concentre davantage sur des allocations stratégiques. Ils sont nombreux à ne plus rechercher uniquement de la performance, mais une compréhension globale du patrimoine, de la famille, de la transmission et des responsabilités. Les discussions sont ainsi devenues plus profondes et plus stratégiques.
Quelles sont aujourd’hui les principales questions de vos clients ?
Les préoccupations portent principalement sur la robustesse, l’indépendance et les risques géopolitiques, mais aussi sur la couverture des devises et le bon équilibre entre rendement et sécurité. Autrefois, les discussions se concentraient davantage sur la tactique d’investissement pure. Aujourd’hui, elles portent beaucoup plus sur la manière de préserver et structurer un patrimoine sur plusieurs générations.
Quelle idée préconçue sur votre banque aimeriez-vous corriger ?
Beaucoup pensent encore qu’une banque privée indépendante est forcément petite, traditionnelle et un peu poussiéreuse. En tant que plus jeunes banquiers privés de Suisse, nous associons responsabilité personnelle, indépendance et esprit entrepreneurial avec une forte volonté d’innovation et une expérience de longue date.
Comment éviter que la réglementation et les coûts transforment votre banque en une belle boutique peu rentable ?
Nous ne sommes pas une boutique au sens décoratif du terme, mais un partenaire spécialisé pour des patrimoines exigeants. Notre stratégie est claire : nous nous concentrons sur quelques marchés clés et certaines catégories de clientèle bien définies. Nous faisons également preuve d’une grande discipline dans l’étendue de notre offre. Nous ne développons en interne que les activités pour lesquelles nous disposons de véritables compétences et d’un avantage tangible pour le client par rapport à la concurrence. Cela nous évite de nous disperser. Toutes les prestations n’ont pas besoin d’être internalisées. L’essentiel est qu’elles apportent une réelle valeur ajoutée au client et qu’elles correspondent à nos forces.
Quels types de clients correspondent le mieux à votre approche ?
Notre approche s’adresse avant tout à des clients qui s’inscrivent dans une logique de long terme et qui recherchent un accompagnement personnalisé, indépendant et durable. Elle répond particulièrement aux besoins des familles entrepreneuriales, des situations de transmission patrimoniale, ainsi que des clients privés exigeants qui préfèrent déléguer la gestion de la complexité plutôt que de la gérer eux-mêmes. À l’inverse, les profils essentiellement transactionnels ou exclusivement orientés vers des solutions de gestion passive correspondent moins à notre modèle d’accompagnement.
Quelle importance le marché suisse conserve-t-il pour vous ?
La Suisse constitue le cœur historique de notre activité et demeure notre principal ancrage en matière de positionnement. Plus des trois quarts de notre clientèle y est domiciliée, ce qui en fait un marché central pour notre développement. À l’international, notre présence reste ciblée, principalement orientée vers l’Allemagne et l’Autriche. Nous privilégions une approche sélective dans notre déploiement, fondée sur la cohérence culturelle et la pertinence stratégique, plutôt que sur une logique d’internationalisation systématique.