« Ce qui distingue le marché suisse, c’est avant tout le niveau d’exigence des investisseurs »

Rédigé par Samira Sadik | Aug 26, 2026, 3:01:37 PM

La Suisse a toujours imposé aux asset managers une approche très locale. Pour Samira Sadik, l’enjeu est désormais de renforcer l’ancrage de LFDE en Suisse alémanique ainsi qu’auprès des investisseurs institutionnels, tout en développant des expertises différenciantes dans les marchés privés, les obligations et les thématiques d’innovation.

Quels sont les principes fondamentaux qu’un asset manager doit suivre pour réussir son implantation sur le marché suisse ?

La Suisse est un marché sophistiqué et exigeant, avec de nombreux intervenants et des attentes élevées en matière d’expertise et d’innovation.

Je vois trois facteurs clés de succès pour bien s’y implanter. Le premier est un ancrage local durable, la confiance et le partenariat se construisant dans la durée. Cela suppose des équipes proches des investisseurs locaux. L’une de mes missions est d’assembler une équipe entre Genève et Zurich, au plus près de nos partenaires, capable de parler leur langue et d’adapter notre offre à leurs spécificités.

Le deuxième est une offre différenciante, ciblée et performante. La Suisse est un marché très compétitif, où les investisseurs ont accès aux grands acteurs internationaux. Nous sommes donc davantage dans un marché de sélection que de distribution de masse. Il est pertinent de proposer des gestions de conviction répondant à des besoins précis, avec le niveau de service attendu.

Le troisième est la connaissance des canaux de distribution. Un gérant indépendant, une banque, un family office ou un investisseur institutionnel n’ont ni les mêmes besoins ni les mêmes processus de décision. La Suisse n’est pas un marché unique. Il faut savoir privilégier certains segments, adapter son approche à chaque canal et avancer progressivement.

Pour un gestionnaire comme LFDE, qu’est-ce qui distingue aujourd’hui le marché suisse des autres marchés européens ?

Ce qui distingue le marché suisse, c’est avant tout le niveau d’exigence des investisseurs et leur forte ouverture internationale. Ils recherchent moins des fournisseurs de produits que des partenaires capables de s’inscrire dans la durée, avec lesquels ils peuvent échanger et construire une relation de confiance. C’est un environnement qui correspond à LFDE, avec notre culture de proximité et notre gestion fondée sur de fortes convictions.

Pour quels segments de clientèle l’offre de LFDE vous semble-t-elle aujourd’hui la plus pertinente ?

Historiquement, nous avons beaucoup travaillé avec les gérants indépendants. Ils restent des partenaires essentiels pour nous. Le wholesale représente également un potentiel important, notamment auprès des banques privées et des multi family offices. Notre offre répond bien aux besoins de leurs clients Advisory, avec notamment des stratégies de conviction différenciantes et des expertises thématiques sur la technologie, l’intelligence artificielle ou les robots humanoïdes.

Parallèlement, nous souhaitons développer le segment des investisseurs institutionnels. Nous avons historiquement été moins présents sur ce marché, mais notre gamme nous permet aujourd’hui de répondre à leurs besoins spécifiques. Ces investisseurs s’inscrivent dans une logique de long terme et privilégient souvent une construction core-satellite, avec un cœur de portefeuille indiciel ou à faible tracking error et une poche satellite plus active.

Nous pouvons répondre à ces deux composantes. Pour le core, l’offre quantitative de notre groupe LBP AM, que nous commercialisons en Suisse, permet notamment de proposer des solutions robustes intégrant des critères extra-financiers. Pour la partie satellite, nous pouvons nous appuyer sur les expertises historiques de LFDE en gestion active de conviction et sur nos stratégies différenciantes, tout en disposant des expertises complémentaires de LBP AM en crédit de spécialité et en actifs privés.

Après plus de vingt ans passés chez Lombard Odier IM puis Oyster Funds, qu’est-ce qui vous a donné envie de rejoindre LFDE ?

J’ai rejoint LFDE pour trois raisons principales. La première, c’est l’accélération du développement de LFDE sur le marché suisse avec une vision stratégique claire. Ce projet de croissance est porté par le groupe LBP AM, qui investit et se donne les moyens de ses ambitions. Les recrutements récents et ceux en cours pour constituer l’équipe suisse en sont la preuve.

La deuxième raison est le moment particulièrement intéressant de l’histoire de LFDE. Nous disposons aujourd’hui d’une offre élargie qui couvre toutes les classes d’actifs, tous les styles et toutes les géographies, tout en conservant notre ADN de gestion de conviction et de spécialiste, avec des expertises pointues et différenciantes. Un positionnement essentiel pour moi.

Enfin, il y a la culture d’entreprise, profondément entrepreneuriale. On retrouve au quotidien beaucoup d’agilité, d’engagement et d’exigence, avec une capacité à décider et à avancer rapidement.

Quelles opportunités propres au marché suisse justifient l’intérêt renouvelé de LFDE ?

Je vois trois évolutions principales des besoins du marché suisse. La première est la demande croissante pour les investissements sur les marchés privés, notamment pour des produits permettant de démocratiser l’accès à cette classe d’actifs.

Grace à la plateforme marchés privés de LBP AM, nous allons prochainement commercialiser en Suisse une offre réservée aux investisseurs institutionnels, sous la forme d’un fonds de fonds Evergreen diversifié, en architecture ouverte. Cette stratégie permettra d’investir à la fois dans le direct lending, le private equity et les infrastructures, en dette comme en capital.

Le deuxième axe est la recherche de stratégies obligataires actives à forte valeur ajoutée, capables de générer un rendement suffisant. C’est précisément l’un des piliers stratégiques du groupe à horizon 2030, avec une offre qui couvre le crédit de spécialité, les obligations convertibles et les stratégies Absolute Return.

Enfin, nous constatons une demande pour l’innovation, mais pas l’innovation à tout prix. Il faut qu’elle soit pertinente, adossée à des expertises démontrées et à des gestions robustes. C’est un domaine dans lequel nous avons forgé, depuis 2011, une capacité à identifier les grandes tendances structurelles qui façonneront l’économie de demain. Nous développons également des solutions grâce à notre expertise en ingénierie financière.

Sur ce marché suisse, quelles sont vos ambitions à moyen terme ?

Le groupe vise 100 milliards d’euros d’actifs sous gestion à horizon 2030 dont 10 à 15 milliards auprès des investisseurs internationaux hors de France. La Suisse, qui figure parmi nos trois principaux marchés internationaux, est donc un marché stratégique.

Notre priorité est de renforcer notre présence locale, notamment en Suisse alémanique, où nous avons encore un potentiel de développement important. Nous élargirons également notre couverture auprès des investisseurs institutionnels et renforcerons notre équipe à Genève et Zurich.

Enfin, nous voulons mieux faire connaître l’ensemble de notre gamme, en mettant l’accent sur les expertises qui nous distinguent et répondent aux besoins des investisseurs suisses.