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OpenAI, le domino qui peut emporter toute la chaîne

Rédigé par BDL Capital Management | Oct 14, 2026, 3:07:08 PM

Derrière la croissance spectaculaire d’OpenAI, Romain Mayer pointe un modèle économique fragilisé par la concurrence, la chute des prix et des besoins de financement colossaux. Avec 856 milliards de dollars d’engagements de calcul à honorer d’ici à 2030, l’entreprise pourrait devenir le maillon faible d’une chaîne qui engage l’ensemble de l’industrie de l’IA.


Fin septembre, des estimations faisaient état pour OpenAI d’un revenu annualisé de 70 milliards de dollars. Le 8 octobre, le Financial Times indiquait qu’il fallait s’en tenir en réalité à 50 milliards. Ce décalage tiendrait principalement aux règles de comptabilisation du chiffre d’affaires intermédié. Lorsqu’OpenAI ne vend pas son produit en direct mais par l’intermédiaire des hyperscalers comme Microsoft, il n’enregistre qu’une quote-part du chiffre d’affaires généré par le client final. Autrement dit, sur une partie significative de son activité, OpenAI ne contrôle pas directement son client.

L’enjeu dépasse l’entreprise elle-même car OpenAI est au cœur d’un réseau de participations, de financements et d’engagements contractuels qui relie tous les acteurs de l’intelligence artificielle. S’il devenait le premier domino à vaciller, il emporterait toute la chaîne. La robustesse de son modèle économique mérite donc d’être réexaminée.

À bien y regarder, ce modèle ressemble plus à un château fragile qu’à une forteresse imprenable. Les adversaires d’OpenAI se sont multipliés depuis deux ans, et l’avantage concurrentiel de chaque nouvelle version de ChatGPT dure à peine quelques mois avant que les modèles ouverts, notamment chinois, ne proposent les mêmes fonctionnalités à un coût bien inférieur. Les milliards investis en Recherche & Développement sont en réalité des frais de maintenance indispensables pour un outil industriel - le modèle LLM - dont la durée de vie n’excède pas dix-huit mois.

Le pricing power, c’est-à-dire la capacité d’une entreprise à monter ses prix sans perdre ses clients, est inexistant et la déflation constitue la norme du secteur. Pour preuve, l’abonnement ChatGPT Plus est bloqué à 20 dollars par mois depuis 2023 malgré des capacités nettement accrues, et le prix du token, l’unité facturée aux entreprises, baisse d’environ 90 % par an à capacités constantes.

Les clients ne sont pas captifs et, selon les estimations de marché, la part d’OpenAI dans les dépenses API des entreprises est passée de 50 % en 2023 à 27 % aujourd’hui. En parallèle, le marché voit émerger des routeurs intelligents capables d’arbitrer en temps réel, requête par requête, vers le modèle offrant le meilleur rapport coût-performance. La mise en concurrence des fournisseurs n’est plus une décision ponctuelle, elle devient la « bonne pratique ». Quant au segment grand public, Google gagne des parts de marché : Gemini est passé en effet de 6 % début 2025 à 27,7 % en mai 2026 selon Sensor Tower.

À ces fragilités s’ajoute un risque réglementaire grandissant. Depuis le 2 août 2026, la Commission européenne peut évaluer les modèles d’IA, restreindre ou retirer leur accès au marché européen et infliger des amendes allant jusqu’à 3 % du chiffre d’affaires mondial. En parallèle, OpenAI fait face à une multiplication des poursuites juridiques mettant en cause sa responsabilité en cas de failles de cybersécurité.

Le modèle économique d’OpenAI est donc intrinsèquement fragile : de nombreux concurrents crédibles et low cost, des clients peu fidèles qui optimisent les prix et changent facilement de fournisseurs, et des ruptures technologiques incessantes qui imposent des investissements colossaux pour simplement garder la tête hors de l’eau. Généralement, les entreprises qui partagent ces caractéristiques sont rarement des investissements rentables à long terme pour leurs actionnaires.

Pourtant, l’écosystème de l’IA et les investisseurs, toujours hypnotisés par les espoirs d’hypercroissance éternelle, ont laissé OpenAI prendre des engagements financiers démesurés compte tenu de la fragilité de son modèle. L’entreprise doit honorer environ 856 milliards de dollars d’engagements de calcul d’ici à 2030 alors que son ARR actuel est de 50 milliards et que la société elle-même prévoit de brûler près de 280 milliards de cash d’ici à 2030. Ces engagements ne sont donc couverts ni par ses profits puisqu’il n’y en a pas), ni par ses actifs. Il n’y en a pas non plus. OpenAI loue ses datacenters et ses chercheurs peuvent instantanément partir chez un concurrent. Seule une succession de levées de fonds, sans cesse plus ambitieuses, et qui doivent s’achever par une introduction en bourse hypothétique permet de maintenir la société à flot.

OpenAI a conquis plus d’un milliard d’utilisateurs, mais une entreprise qui ne maîtrise ni ses prix, ni ses clients, ni la durée de vie de son produit peut-elle durablement porter des centaines de milliards d’engagements, et avec eux tout l’écosystème de l’IA, sur la seule foi de ses investisseurs ?